Les yeux fermés, mais la bouche pleine

Il y a peu de personnes que l’on puisse suivre les yeux fermés dans un restaurant. Peu de gastronomes à qui confier sans hésiter son palais. Trois noms viennent à l’esprit, les plus évidents : J.P. Géné, Bruno Verjus et François Simon. Ce dernier, dont le blog a aiguisé et aiguillé les papilles de bien des amateurs, sort cette année un roman chez Flammarion.

En guise de roman, nous sommes plutôt face à un mélange de journal intime, de récit, de chroniques gastronomiques dont le narrateur ressemble à s’y méprendre à l’auteur. Dans les goûts et les propos du moins ; pour ce qui est de l’apparence nous n’en savons rien : François Simon s’accroche farouchement à son anonymat.

Nous touchons d’ailleurs là à l’un des aspects les plus prenants du roman. L’auteur insiste sur ses difficultés à paraître en société, son goût pour la solitude, ses repas sur les comptoirs avec un roman de Barbey d’Aurevilly comme seul partenaire.

Quand il n’est pas seul, le gastronome recherche la compagnie des femmes. Dans ma bouche exalte tous les sens sans retenue aucune. Le narrateur mange, boit, baise. Parfois c’est le trop plein, la crise, il étouffe. On étouffe aussi. Ce roman gave le lecteur de chair, de vin, de corps. Simon ne s’épargne rien : repas hors de prix, magnums de vin, escort girls, partouzes, drogues… On est parfois tenté de l’arrêter, de lui crier : « un homme, ça s’empêche » ! Ses états d’âme touchent moins, son histoire d’amour avortée fait pâle figure dans ce foisonnement.

Pourtant on prend un vrai plaisir à la lecture de ce livre : les rencontres avec Jeanne Moreau et Serge Lutens sont d’une élégance rare, les descriptions de repas enchantent, les coups de gueule amusent. Un seul problème : les lecteurs du Figaro et du blog de François Simon, à peu de choses près, avaient déjà lu ça.

Dans ma bouche, François Simon, Flammarion

Image Photo : Bruno Verjus

Théo Torrecillas

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Une réflexion sur “Les yeux fermés, mais la bouche pleine

  1. La plume de l’auteur de ce blog est un vrai régal. La littérature qu’il aborde ouvre l’appétit. Les plats évoqués donnent en vie d’en lire plus. Mélange de sens original! A quand un article sur la thématique du souvenir délivré par une saveur, façon madeleine de Proust? Sinon, je ne connaissais pas François Simon. Je ne pense pas m’y plonger, son livre a l’air un peu trop trash à mon goût 😉

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