Vins nouveaux aux caves Augé

« Notez, amis, que de vin divin on devient » Rabelais

Vous pourriez très bien arpenter les bistrots parisiens, guidés par les affiches aguicheuses, placardées sur les vitrines, et qui vantent le Beaujolais Nouveau de cette année. Slogans facétieux, design original, pancartes colorées : on ne sait plus s’il l’on nous parle de Coca-Cola ou du bon vieux Beaujolpif.

Pour la troisième semaine de novembre, permettez-nous d’avoir d’autres ambitions. C’est que nos cuites, nous, on les aime aristocratiques.

Sur le trottoir du boulevard Haussmann, aux caves Augé, quatre vignerons, et pas des moindres, font déguster leur vin nouveau. Trois vins du Sud contre un Beaujolais. Mais la déguste n’a pas l’allure d’une compétition : les bonshommes (et quelques dames) se passent allègrement les verres sans s’inquiéter le moins du monde de savoir qui vendra le plus.

Il y a là Jean-Christophe Comor, du Domaine des Terres Promises, avec sa cuvée À ma guise. À sa gauche vous trouverez Jean-François Nicq, des Foulards Rouges, (accompagné de la formidable Yoyo) qui présente Octobre. Jean Foillard est venu de Villié-Morgon avec un Beaujolais Nouveau. Enfin, la cuvée Terre d’Ombre du Domaine de l’Anglore n’est pas servie par Eric Pfifferling lui-même, probablement resté dans son cher Tavel, mais par son fils, Thibaut, qui se donne des allures de cambrioleur sous son bonnet noir mais qui fournit avec le sourire explications et anecdotes.

Chacun a son tonneau. Ils y puisent le nectar et y remplissent les bouteilles qu’ils bouchent sur le trottoir. Tout cela donne une air de fête de village au grand boulevard.

Les passants sont interloqués par ces hommes et femmes emmitouflés, verre de rouge en main, qui parlent fort et gênent le passage. Ils discernent l’accent rugueux des normands qui ouvrent les huitres, et les roulements de tambour des exclamations des vignerons du Sud.

Un peu de campagne provinciale s’est immiscée dans le Paris bourgeois, le Beaujolais nouveau commence bien.

 

Théo Torrecillas

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Le grand art des P’tits fayots

La rue de l’Esquile n’existe souvent pour les passants toulousains que comme lien discret entre la rue du Taur et la rue des Lois.

Pourtant, depuis un an, les promeneurs ont bien fait de l’emprunter : ils y ont trouvé Les P’tits fayots, restaurant bistronomique tenu par deux jeunes hommes, Aziz Mokhtari et Vincent Ténès.

En cuisine, Aziz confirme son aisance et son audace exercées auparavant au Nez Rouge (qui le regrette). Vincent dirige la salle avec simplicité, sympathie et distinction. Le chef est toujours présent grâce à la cuisine ouverte sur la salle qui distille bonnes odeurs et bonne humeur. Sous ses apparences d’élégant restaurant, Les P’tits fayots recèle une ambiance de bistrot de copains. L’heureux mélange se poursuit dans l’assiette : composition millimétrée et inventive qui sublime des produits simples et frais. Sur l’ardoise qui change tous les midis, seront proposés aussi bien des plats novateurs comme le tartare de bœuf et poutargue de turbot, que des classiques comme la brandade de morue à sa façon.

Et quelle façon ! Aziz Makhtari a l’art et la manière de reconstruire cette recette de cantine, pourtant ici simplement recouverte d’une salade mêlée assaisonnée à la perfection. Ne révélons pas tous ses secrets, mais il est possible que les morceaux généreux d’un poisson goûteux soit la clé de son succès.

La formule du midi à 14 euros garantit une déjeuner aussi réjouissant qu’abordable. Joseph Landron, Evelyne et Pascal Clairet, Hervé Villemade, et bien d’autres vignerons composent la carte des vins vivants, accompagnement indispensable d’un repas aux P’tits fayots.

Sources photographiques : 3foisfood.tumblr.com/post/17213949142/les-ptits-fayots-toulouse ; http://www.foodreporter.fr/

Raoul Ponchon, « Les Haricots homicides »

Il n’est pas de jour, pauvre France,
où tel docteur, plein d’assurance,
n’aille jetant le discrédit
sur tout ce que tu bois et tu manges.
Tout n’est que poison et que fanges…
C’est chaque jour de l’inédit.

(…)

Ainsi, des savoureux légumes,
s’il en est un -qui les résume-
que je croyais de tout repos,
indiscutable, immarcescible,
je l’eusse juré sur la bible,
c’est bien vous, modestes fayots;

(…)

Hélas! Ô haricots classiques,
vous êtes des nids de toxiques,
nous dit un savant médecin;
Et c’est des acides prussiques,
s’ils ne sont pas cyanhydriques,
que vous couvez dans votre sein!

(…)
A moins que la bouche on leur couse,
que diront les gens de Toulouse,
et ceux de Castelnaudary,
s’ils doivent, pris de folle transe,
renoncer en cette occurrence,
à leur cassoulet favori?

(…)
Sans doute, après mûr inventaire,
j’admets qu’il n’est rien sur la terre
qui ne porte en soi son poison.
On en trouve ne vous déplaise,
jusque dans un bâton de chaise;
Mais ce n’est pas une raison.

Pour déclarer que la mort gîte
dans tout ce que l’on ingurgite
des estomacs, cela dépend,
en plus; et j’en sais une sévère,
à qui le poison indiffère,
c’est le mien, robuste et pimpant.

(…)

Je m’en suis flanqué des bitures,
et je m’en flanquerai des futures,
avec le mépris du danger.
Et que s’ils me rendent malade
croyez-le bien mes camarades,
ce sera pour en trop manger.

Kilien Stengel, Poètes de la bonne chère, La Table ronde, 2008

 

Théo Torrecillas