Enfin, j’ai fait bon !

Une trentaine de vignerons de Provence ont porté secours à un de leurs amis sinistré

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La dégustation Rouge-Provence, qui se tenait lundi 8 avril, Chez Michel, rue de Belzunce dans le 10ème arrondissement de Paris, avait pour but de contrer deux idées reçues. La première consiste à penser que la Provence ne fournit que des rosés insipides bons pour l’apéro, noyés de glaçons. Jean-Christophe Comor (Domaine des Terres Promises) et Peter Fischer (Château Revelette) ont réuni une trentaine de vignerons heureux de prouver que le rouge pouvait être fameux dans leur région. Le choix des viticulteurs dépasse un peu la Provence et s’aventure jusqu’au Rhône septentrional avec par exemple le Domaine La Fourmente de Rémi Pouizin. Celui-ci nous a fait découvrir des rouges fruités et délicats, aux accents de baies des bois. Cela contrastait à merveille avec des Bandol boisés, plus musclés, à la robe presque noire.

La deuxième idée reçue que cette dégustation faisait voler en éclat (la plus importante), c’est que les vignerons seraient égoïstes, intéressés et peu amènes. Ces trente producteurs (plus quelques uns qui étaient absents) se sont réunis cette année pour aider un collègue en difficulté. Raimond de Villeneuve (Château de Roquefort) a perdu toute sa récolte le 1er juillet dernier dans un orage de grêle sans précédent. Ces amis ont alors décidé de se fédérer et d’offrir chacun, en fonction de la taille de son domaine, une partie de ses récoltes. Raimond, plutôt que d’accepter cette aide, de vinifier ce raisin et d’y accoler son étiquette, a décidé de célébrer l’entraide en créant une cuvée spéciale qu’il a nommée Grêle 2012. Le nom de chacun de ses camarades se trouve sur les étiquettes des deux rouges, du rosé et du blanc qui sont issus des 1000 hectolitres de nectar réalisés cette année.

Chez Michel, l’excitation entraînée par cette puissante amitié est palpable. Peter Fischer s’exclame, dans un éclat de rire : « Il y a trop d’amis ici ! ». Un caviste de l’île Saint-Louis, venu saluer son camarade et goûter la cuvée, se réjouit : « L’étiquette : c’est royal ! J’en ai fait un mur à la boutique. C’est incroyable ce que vous avez fait. Faudrait qu’il y ait la grêle chez toi tous les ans ! » Puis il ajoute, à l’encontre des assurances, des marchands de vins intéressés, des producteurs égocentrés : « On les aura ! »

La solidarité qu’ont entraînée les malheurs de Raimond de Villeneuve dépasse les amis présents ici. Ce dernier raconte à un autre producteur : « Tu sais que je me suis fait engueuler par des vignerons, comme Hélène Thibon (Mas de Libian NDLR) qui m’a dit : « Mais pourquoi tu nous as pas appelés ! » »

Raimond n’arrête pas de sourire, il sent que les difficultés sont derrière lui et que l’avenir sera plus beau de cette épreuve traversée. Il sait qu’un élan est lancé : « L’esprit de ce mouvement, ce crépuscule, va aller en s’augmentant. La prochaine fois on ne sera pas 35 mais 50 ! » Pourtant ça n’a pas été facile cette année : « C’est quand même plus simple de faire du vin avec du raisin qu’on récolte. J’ai pris 10 ans avec cette histoire, mais finalement ça m’a rendu service. »

La camaraderie, l’esprit bon enfant et la combativité l’ont emporté sur l’abattement face à ce malheur. Peter Fischer raconte : « Quand on a décidé de lui donner de nos récoltes, je suis allé le voir et je lui ai dit : « Cette année enfin, tu vas faire du bon ! » » Raimond éclate encore de rire de cette histoire. « Tu sais qu’on devrait faire une petite cuvée, ajoute-t-il, avec du raisin de chacun et je l’appellerai Enfin j’ai fait bon !, ce serait génial ! »

Un vrai vin de copain !

Théo Torrecillas

Article publié sur Causeur

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2 réflexions sur “Enfin, j’ai fait bon !

  1. Et à part un Parisien ignorant, qui peut croire que « la Provence ne fournit que des rosés insipides bons pour l’apéro, noyés de glaçons » ? Les crus les plus connus de Provence sont sans doute le Gigondas (98% de rouge), le muscat de Beaumes-de-Venise (majoritairement blanc) et le Châteauneuf-du-Pape (97% de rouge). Faut être franchimand pour associer la Provence au rosé !

    • Les vignerons présents lors de cette dégustation se plaignaient de cette réputation, et eux-même effectivement voulaient démontrer que des grands rouges étaient réalisés en Provence. Vous avez la chance de connaître le sujet, mais je crois que les viticulteurs à l’origine de cette dégustation connaissent assez bien les idées fausses qui circulent sur leur terroir, que ce soit à Paris ou ailleurs. Cette dégustation a permis à certain de découvrir ce qu’apparemment vous savez déjà.

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